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L’IA sera ce que tu en feras 

[Découverte littéraire]

 

En 2018 Cédric Villani déclarait à l’Assemblée Nationale : « L’IA est paradoxalement un moyen de remettre l’humain au centre de tout ». Pour Jean-Philippe Desbiolles, Vice-Président de la division d’IBM dédiée à l’intelligence artificielle, c’est désormais une réalité. Surnommé le « French Doctor Watson » par Forbes Magazine, il a contribué aux plus gros projets cognitifs mondiaux dans les domaines bancaires, de l’assurance et des télécoms. Rapporteur des travaux sur l’impact de l’IA sur le travail pour le Conseil de Coopération Économique de la Commission Européenne, il explique sa vision dans son livre “L’IA sera ce que tu en feras”.

 

La vision de l’auteur 

Le constat est clair. L’IA sera sans rupture. Elle apprend en continu et survivra à chacun de nous. L’IA c’est la fin du code. Toutefois, l’auteur alerte sur cette boîte de Pandore avec son lot de projections mentales anxiogènes, devenant des freins face au changement. L’auteur souhaite à travers son livre démystifier et responsabiliser son lecteur face à l’IA au travers de 10 règles : « Arrêtez d’appeler ça Intelligence Artificielle et lancez-vous ; n’en faites pas un sujet technologique ; ne devenez pas obsessionnel ; laissez-la stimuler votre créativité ; demandez-vous ce que vous pouvez faire avec l’IA, … »  L’IA va transformer 100% des métiers et nous placer sans cesse en zone d’inconfort. Il faudra s’adapter. Mais l’IA est également notre « échappatoire après trente ans d’automatisation à outrance, de taylorisation et de théorisation ».  

 

 Éducation, formation, accompagnement, appropriation 

Les nouvelles générations devront bénéficier de moyens leur permettant de s’adapter à un environnement en perpétuel changement via des modules, des programmes comme Erasmus for AI. Repenser l’éducation, développer en parallèle des hardskills et des softskills, faire évoluer les mentalités, aider les petites et moyennes entreprises à appréhender le potentiel de l’IASensibiliser également les travailleurs sur le soutien et l’aide de l’IA dans l’exercice de leur métier grâce à l’optimisation des processus, le machine learning, et l’usage du NLP, le traitement automatique du langage naturel. Rendre enfin effectif un modèle européen. 

L’IA a ses limites : le libre arbitre, le raisonnement critique et la conscience de soi. « Il faut garder une approche qui combine recherche, utilisation, déploiement et apprentissage», soit l’ensemble de la chaîne pour ne pas devenir de simples utilisateurs passifs. L’auteur invite ses lecteurs à prendre leur destin en main.  

 

La réalité 

Et puis on entre dans les détails, dans les applications concrètes, les expériences réalisées. On se rend vite compte que tout ou presque est modélisable, donc… remplaçable. On découvre un nouveau monde en train d’éclore sous nos yeux. On y découvre des machines interagissant avec l’homme pour apprendre sans cesse, cherchant à se perfectionner (avec l’aide de l’humain) pour atteindre des niveaux de maturités bluffants. 

L’IA possède 6 sens : le langage, la voix, la reconnaissance visuelle, l’empathie, la gestion du savoir et le raisonnement. Le système est capable de comprendre un contexte de bout en bout, d’argumenter tout en touchant à différents domaines.  

Prenons l’exemple de Google. Son système vocal donne des réponses avec un taux d’exactitude de 95%. Lyrebird, une start-up canadienne née en 2017 (sic) est capable de créer une voix artificielle très réaliste. Pour cela il suffit d’enregistrer sa voix pendant quelques minutes, puis un algorithme de deep learning la copie et la reproduit. 

 

Reconnaissance visuelle 

La reconnaissance visuelle est l’un des domaines qui explose. Dans le domaine de la santé, la machine est plus performante que l’homme avec un taux de précision proche des 100%. Le dépistage du cancer s’en trouve considérablement renforcé. Par exemple l’IA parvient à identifier des mélanomes à 95% contre 87% pour des dermatologues, permettant de réduire l’excès d’interventions visant à éliminer les tumeurs à titre préventif. Pour ce faire, 100 000 clichés de lésions cutanées ont été nécessaires à son apprentissage.  

L’IA est aujourd’hui capable de comprendre les émotions humaines, par le ton utilisé, les changements de couleurs du visage même en l’absence de tout mouvement. Une expérience a porté sur 126 régions du visage comprenant 87 points de repères pour en définir les contours et obtenir le réseau des vaisseaux sanguins (!) classant avec précision plus de 90% d’émotions. 

 

L’IA, un outil d’aide à la décision, mais pas que… 

Ce qui différencie l’homme de la machine, c’est la capacité de cette dernière à ingérer les informations en continue, à les stocker et à les traiter. 

Un autre exemple cité, celui de l’agence d’immigration d’Hong Kong et de ses 6200 employés devant gérer plus de 4 millions de demandes en 2004. Désormais les documents sont scannés. L’IA effectue une reconnaissance de caractères et traite les documents, devenant ainsi un outil d’aide à la décision. Le deep learning apprend l’ensemble des cas et des décisions associées…  Résultat : l’IA a permis de faire une économie de 16 millions de dollars par an.

Nous connaissons tous ce genre d’exemples où l’IA industrialisée permet des gains importants.  

 

Des progrès incroyables 

Revenons au cas le plus frappant de ce livre, celui le demi-finaliste du championnat du monde du débat en direct (si, si ça existe) a débattu avec l’IA d’IBM « Project Debater » et a bien failli perdre. L’IA, a démontré d’impressionnantes capacités oratoires, utilisant des figures de styles, des blagues, jouant sur l’émotion et créant des pauses pour influencer son auditoire. Son discours a été jugé plus enrichissant grâce aux 10 milliards de phrases constituant sa base de connaissance, générées à partir d’articles de presse et de revues scientifiques. 

« Imaginez maintenant toute la valeur ajoutée (et le gain de temps) que ce type de systèmes apporterait » à des avocats, des politiques, des financiers, des professeurs… Pour ma part, j’imagine très bien ce que cela pourrait donner… mais malheureusement pas en bien. 

Vous allez certainement me dire que nous n’en sommes pas encore là, que tout ça n’est que de la science-fiction, lisez ce qui suit… 

 

Vous n’êtes pas prêts… 

On pourrait croire que tout ce qui ne touche pas à la relation homme-machine ne sera pas impacté par l’IA. Détrompez-vous. L’auteur prévient : « Vous croyez être prêts ? Vous ne l’êtes pas ».  

Les modèles de deep learning sont basés sur des réseaux neuronaux capables de lire, décomposer, interpréter et classer. L’auteur fait la démonstration de la performance de l’IA à travers plusieurs exemples, comme la prise de décision sur l’emplacement de nouveaux magasins (avec une précision de +7%), l’analyse de risque (5h pour des banquiers contre 3min pour une IA) 

L’IA intervient même – contre toute attente – dans le domaine de la créativité, comme source d’inspiration…  

 

Une artiste née 

Des expériences sont menées un peu partout dans le monde pour tester le côté artistique de l’IA. En 2017, une IA devait rédiger un résumé des plus beaux moments d’un tournoi de golf. Elle a proposé 120 résumés avec un taux de légitimité proche des 93%… 

Century Fox a tenté l’expérience avec Watson sur la création d’une bande annonce d’un film prenant généralement entre 10 et 30 jours. L’IA aura mis moins de 24h 

Restons dans le 7ème art, où une IA a rédigé en 2016 le scénario d’un court-métrage de science-fiction en nourrissant ses neurones artificiels de films et de séries culte. L’IA a proposé le synopsis suivant : « Dans un futur où règne le chômage de masse, les jeunes gens sont forcés de vendre du sang ». Glaçant, n’est-ce pas ? 

Alors qu’une IA terminait la 8ème symphonie de Schubert, une autre cait deux fragrances pour Estée Lauder : l’une évoquant les senteurs de cuisine et l’autre florale.

Tandis que l’IA de Microsoft remportait le prix Creative Data Lions pour avoir peint un tableau à la manière de Rembrandt, une IA se nourrissait de plus de 15 000 portraits produits entre le Moyen-Age et le XXème siècle pour réaliser un tableau. Ce dernier fut mis en vente chez Christie’s New-York au prix de 432 500$soit 45 fois sa valeur... 


Tout est presque modélisable, donc remplaçable 

L’IA n’en est qu’à ses débuts. Au fil des ans celle qui vient en appui à l’homme, l’affranchit, aura des comportements plus élaborés, des interactions plus naturelles et donc un impact profond sur eux et sur leur environnement. Si rien n’est fait pour empêcher sa “souveraineté”, la société risque de connaître des heures sombres. L’avènement de l’IA viendra, et il faudra d’ici là, réfléchir à changer notre modèle actuel.

Des séries comme Silicon Valley, caricaturant le monde de la tech, n’hésitent pas à afficher ouvertement leur crainte “L’IA commence à opérer à des niveaux dont on n’a même pas conscience “(Gilfoyle) . Toujours dans le berceau de la tech, Elon Musk déclarait en 2017 que l’humanité a 10% de chance de survie face à une intelligence artificielle. Quand on sait qu’il incarne une tradition d’optimisme technologique, il y a de quoi se poser des questions…

Sommes-nous prêts à donner à une IA sophistiquée autant de pouvoir ?  Pour reprendre le poème de Dylan Thomas « N’entre pas docilement dans cette bonne nuit». L’IA n’est pas notre ennemie, c’est la façon de la mettre à notre service, nos réelles intentions qui le sont.Comme le dit Jean-Philippe Desbiolles, l’IA sera ce que tu en feras.

 

 

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