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Tribune de Didier Lejeune, DG France SCC, l'avenir de la France dans l'économie numérique - SCC

La France est encore loin d’être une superpuissance numérique, mais elle peut encore le devenir

En 2012, le gouvernement français a décidé de consacrer plusieurs centaines de milliers d’euros à la mise en place d’un Cloud Souverain. Trois ans plus tard, le projet est un désastre et l’argent que l’Etat prévoyait d’y investir est alloué ailleurs. En 2014, c’est au tour du Big Data de devenir une priorité. Si la volonté est louable, elle peine toujours à se concrétiser un an plus tard et cette lenteur est particulièrement dommageable sur un marché du numérique où tout va de plus en plus vite.
Il est primordial pour l’avenir des entreprises françaises que nous trouvions notre place sur le marché du numérique. Mais il faut garder à l’esprit que ce marché est mondial. Nos efforts doivent donc se porter sur les technologies existantes, auxquelles il faut apporter de la valeur ajoutée, plutôt que de tenter de redévelopper des technologies spécifiques sans avenir car le marché français est trop petit pour leur assurer un avenir.
Donner aux entreprises les moyens d’agir

Récemment, les initiatives visant à promouvoir l’innovation en entreprise se sont multipliées. C’est sans aucun doute l’axe qui sera le plus porteur à court terme. Bien que les capacités d’investissement public de la France ne soient pas au mieux, financer l’innovation reste le moyen le plus sûr de relancer la croissance.
Nos entreprises, qu’il s’agisse de grands groupes historiques ou de petites start-ups, sont au quotidien en relation avec des concurrents ou des partenaires partout dans le monde qui utilisent déjà les technologies de demain. Elles sont donc au plus près de la révolution numérique, car elles en profitent tout autant qu’elles la subissent. En les aidant à investir dans l’innovation, dans la R&D, à développer des nouveaux services et produits numériques, nous garantissons la place de la France parmi les grandes puissances numériques. On le voit déjà avec des pépites hexagonales comme Docker ou Criteo.
Ensuite, les investissements en faveur de l’innovation doivent s’accompagner d’un allègement réglementaire et administratif significatif, au risque de se transformer en un immense gâchis. Ce qui a été fait pour le moment est bien trop timide, et les promesses de changement ne sont guère plus réjouissantes.
Les entreprises aux manettes de l’éducation supérieure ?
L’innovation entraîne forcément dans son sillage la création de nouveaux besoins. Je parle bien sûr des utilisateurs, mais surtout des entreprises qui seront le moteur de cette innovation. C’est pourquoi le deuxième axe prioritaire sur lequel il faut concentrer nos efforts
est l’éducation. Les spécialistes estiment que d’ici 2020, l’Europe disposera de près d’un million de postes à pourvoir dans le secteur de l’information et du numérique. C’est une aubaine, mais encore faut-il pouvoir proposer des candidates…
La création de l’école 42 par Xavier Niel a posé la question de la pertinence des formations dispensées par les grandes écoles et universités françaises. Mais ce qu’il faut retenir de ce succès je pense, c’est surtout qu’il est le fruit d’un entrepreneur dans l’univers de l’éducation. Les entreprises sont les plus au fait des domaines qui seront porteurs demain, car elles préparent dès aujourd’hui leurs futurs produits et services. Il semble donc naturel de reposer en partie la refonte de nos formations numériques sur leurs connaissances.
Jusqu’ici, les acteurs de l’éducation ont abordé le problème à l’envers. Nous équipons nos étudiants avec des technologies dernier-cri, mais le contenu transmis est vieillissant. Pour créer de nouveaux cursus et de nouvelles formations porteuses, les enseignants doivent disposer des savoir-faire adéquats. Il faut également pouvoir assurer leur formation continue, au même rythme que l’évolution des technologies. Il est impossible de relever rapidement ces défis sans impliquer les entreprises.
La France a toujours été réputée pour la qualité de ses ingénieurs, de ses chercheurs et de ses développeurs. Nous sommes donc idéalement positionnés pour prendre une place majeure dans le monde numérique de demain. Il reste maintenant à trouver les projets qui amèneront les meilleurs résultats et des retombées favorables au plus grand nombre. Nous l’avons fait avec le très haut débit, et nous sommes maintenant un des pays les plus avancés. Au suivant ?